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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 18:18

  Good bye Jean Christophe... 

 

Le 30 janvier 2006,
L'alpiniste français Jean-Christophe Lafaille, 39 ans, a lancé une tentative d'ascension hivernale en solitaire au Makalu (8.463 mètres) il ne donne plus de signe, ses proches l'ont porté disparu.
 
Notre Jean-Christophe Lafaille a gravi onze sommets de plus de 8.000 mètres, la plupart en solitaire ou par des voies nouvelles. Il a déjà réussi en décembre 2004 une hivernale en solitaire et en style alpin au Sishapangma (8.064 mètres), jusque-là jugée impossible sur les plus de 8.000 mètres.
Jean est à la foi une référence et notre légende, l'alpinisme français garde toujours dans son coeur le duo de choc  entre Pierre (Beghin) et Jean ...
Jean a su, malgré le départ de Pierre, nourrir nos rêves et devenir notre fer de lance...
 
 
 
31 janvier 2006, 
Le ciel ne donne toujours pas de nouvelle le pire nous est même présenté...
Si demain la pudeur ou colère doivent cacher notre tristesse saches... Que nous continuerons !
Dans tous les ciels et sur toutes les cimes du monde nous emmènerons ton exemple avec nous.
Nous nous appliquerons à être modeste et exigent pour honorer ta philosophie du mouvement...
Peu importe les tempêtes et les chuchotements de la raison, le plus important est que les soldats "du grand blanc"  continuent de porter l’envie au bout des horizons…
 
   
 
BM.
 
 
 
Voici les principales questions qui ont été posées à monsieur Lafaille.
Les réponses nous montre la profondeur du personnage.
 
 
 
Pourquoi grimper en solitaire ?  L'idée d'être solitaire me plaît bien. J'ai déjà fait pas mal de sommets seul. J'aime cela d'abord parce que c'est plus dur. Etre seul, même sur la voie normale d'un 8 000, c'est impressionnant, tout est beaucoup plus grand autour de soi. Et la solitude a des contraintes techniques. Tu ne peux pas t'appuyer sur quelqu'un d'autre pour ta sécurité. Il manque le regard de l'autre, surtout quand on commence à être fatigué. Enfin, tu es seul à faire ta trace dans une neige plus ou moins profonde.

"J'affectionne donc la course en solitaire mais il est vrai aussi que je n'ai trouvé personne avec qui j'aie le feeling. Dans les Alpes, ce n'est déjà pas toujours facile de bien s'entendre, alors en Himalaya… Cela veut dire avoir les mêmes envies aux mêmes moments, avoir l'idée d'aller telle année au K2 ou telle année à l'Annapurna, sur telle ou telle paroi, et arriver à vivre ensemble deux mois. Et puis l'accident de 1992 joue un rôle là-dedans. Depuis lors, il m'est difficile de m'engager dans une grande paroi avec quelqu'un d'autre, par rapport aux prises de décisions… J'ai fait deux tentatives malheureuses à l'Annapurna, deux fois au même endroit.

"Et puis c'est aussi un challenge sur le plan sportif. Le K2 n'a pas encore été fait en solitaire. C'est un beau rêve à réaliser. Il y a eu des tentatives, notamment sur la voie polonaise, sur la face que j'envisage, par un Japonais. Et puis il y a eu Pierre Beghin qui a fait une belle tentative, qui a fini seul à 8 000 m côté chinois. Sa plus grosse frustration d'alpiniste est d'avoir raté cette solitaire de pas grande chose en fait. Un énorme investissement peut s'écrouler en quelques heures à cause de la météo. Et celle du K2 est réputée particulièrement capricieuse ! Tout cela entre dans la stratégie que je devrai adopter sur place. Grimper vite est à la fois une contrainte et une sécurité."
 
 
 
 
   

L'absence d'oxygène est-elle une règle caractéristique ? Oui, complètement. Pour moi, c'est la première règle. On peut vouloir être très léger et, par moments, mettre un bout de cordes fixes. Dans l'Annapurna par exemple, on était en technique alpine mais, par sécurité, on avait laissé une corde fixe. Dans certains endroits, la corde sert de fil d'Ariane, comme celui utilisé par les plongeurs dans les grottes sous-marines. C'est un lien plus directionnel que technique. A la descente, il n'y avait qu'un endroit où on pouvait passer : cette corde était un repère qui nous permettait de gagner du temps.
L'oxygène est un apport très différent. L'oxygène artificiel ramène à environ 1 000 m de moins : un 8 000 avec oxygène équivaut à un 7 000 sans oxygène.
C'est un artifice lourd et handicapant. Je n'en ai jamais utilisé."

 

Qu'est-ce que la "technique alpine ? La technique alpine est une notion qui englobe le fait d'être en autonomie le plus possible, c'est-à-dire de ne pas utiliser de cordes fixes et de camps fixes et de grimper comme on grimpe dans les Alpes, sauf qu'on est dans une grande paroi himalayenne et donc qu'on est plus engagé. Cela a des avantages et des inconvénients.  

"L'avantage : ça permet de grimper très léger, ça m'arrange plutôt puisque je ne suis pas un gros gabarit et que je ne suis pas adapté pour du portage. Donc, on grimpe vite. L'ascension est plus rapide. La fatigue est paradoxalement moins importante mais plus violente. Il faut être très bien acclimaté pour grimper vite et aussi rentrer le plus vite possible.

"L'inconvénient : on est très engagé, on est soumis à sa propre vitesse, il ne faut pas faire d'erreur et surtout ne pas attraper de mauvais temps
. Pour résumer brutalement, je dirais que si, en 1992, avec Pierre Beghin, on avait utilisé la technique himalayenne avec des cordes fixes, on serait rentré sain et sauf l'un et l'autre.

"La technique alpine a une limite aussi dans la mesure où on a très peu de matériel. En 2000, au Manaslu, j'avais décidé de ne pas prendre de corde, j'avais juste les piolets et les crampons. Cela limite techniquement, on ne peut pas faire de choses comparables à ce qu'on fait aux Drus ou dans la face nord des Grandes Jorasses. S'il faut introduire les cordes, pitons et les choses à transporter, comme pour des voies difficiles dans les Alpes, ça ralentit.

"C'est la raison pour laquelle le choix se porte vers des itinéraires de glace, des couloirs et des goulottes. L'entraînement et le matériel qu'on a aujourd'hui permettent de grimper très vite et de ne pas avoir à s'assurer. Il faut savoir aussi
qu'on ne peut pas quitter les gants, qu'on doit rester bien protégé.

"L'initiateur de tout cela, c'est encore Messner. Il est parti du refus de l'oxygène et des camps fixes, ce qui oblige à progresser comme dans les Alpes, avec des contraintes : la haute altitude et la hauteur de la paroi. 3.600 m de longueur dans le K2, c'est hyper-long."

 

Existe-t-il un style Lafaille ? Est-ce une éthique ? D'une manière générale, j'aime être polyvalent.
Mes réalisations peuvent être opposées au niveau du style ou de l'entraînement, mais c'est chaque fois un investissement. J'aime la performance, j'aime m'arracher les tripes et la tête dans chaque réalisation. Se botter les fesses pour faire une voie dure en cascade de glace, c'est intéressant aussi. Ce qui me plaît à l'heure actuelle, c'est de varier. J'aurais du mal à rester hyperspécialisé toute l'année dans une seule et même activité.  

S'il y a un style, c'est la recherche de voies nouvelles et dures, c'est la solitude, le solitaire engagé en général."

 
Est-ce une éthique ? Oui, c'est un choix. Pas sur toutes les montagnes. Sur le K2, c'est un exercice de style, parce que la montagne est très belle. J'ai une réelle volonté de " créer " quelque chose. Vouloir laisser une trace sert à soigner son ego mais, au-delà, c'est une forme de respect à l'égard de ce genre de montagne. Finalement, je serai peut-être très content de faire le K2 par la voie normale mais l'esprit est de tenter quelque chose qui n'a pas été fait, ou alors de refaire une très belle voie. Du côté chinois, il y a une ligne naturelle magnifique.

Sur l'Everest, une ou deux lignes aussi m'attirent particulièrement. C'est une forme de jouissance, d'aboutissement, d'arriver au sommet de montagnes pareilles par des voies esthétiques, en étant le plus autonome possible. Si ça se trouve, je serai très content de passer par la voie normale."

 

Voila qui était monsieur Lafaille... 

 
Le 02 février 2006,

Monsieur Lafaille nous a quité dans son dernier solo...

Merci de nous avoir offert votre si belle vision...

 

    

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Par Beaudouin - Publié dans : vo2move
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